Notre avis sur la porcelaine française

Depuis des milliers d'années, nous servons le thé dans les meilleures tasses en Porcelaine française et accueillons nos invités avec de la vaisselle fabriquée à partir du même matériau. Chic, noble et racée, la porcelaine est aujourd'hui présentée comme une matière luxueuse et d'une grande fragilité. Vous ne le savez peut-être pas, mais la porcelaine culinaire possède des vertus inégalées et apporte une touche très raffinée à vos préparations.

La Porcelaine française hausse le ton

Publié par La Gazette Drouot, le 27 juin 2006. Les poteries de Vincennes et de Sèvres s'affichent de façon spectaculaire sur un fond coloré. Un plateau de marronnier et une pâte de sèvre moelleuse sur fond bleu lapis. Décoration d'Armand Resnais, 1758. Paris, 9 décembre 2005, Millon & associés SVV. Monsieur Payel.

106 000 euros frais inclus. En poterie, tout n'est pas blanc ou bleu. La polychromie a toujours été un gage de qualité. Les connaisseurs de Porcelaine française, notamment les collectionneurs de Vincennes et de Sèvres, raffolent de ses couleurs.

Turquoise, bleu lapis, vert pomme, jaune narcisse... Bref, toute une gamme de teintes toutes plus rares les unes que les autres pour orner un délicat fond de porcelaine. Fini le temps où Gelsan écrivait : Et le fond blanc fait plutôt gris, à moins d'appartenir à une catégorie exceptionnelle comme le minuscule Baguier du Turc, adjugé 70 995 € chez Piasa en mai dernier.

Porcelaine française plus blanc que blanc

Il était encore blanc au début. Porcelaine blanche de Chine convoitée par toute l'Europe. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, seuls les ateliers de Meissen produisaient de la porcelaine dure à la chinoise, mais en France les premières pâtes de porcelaine sans kaolin étaient tendres, malléables à chaud et surtout de couleur crème.

En 1740, la manufacture de Vincennes fabrique la première porcelaine française au blanc d'opale. Les matériaux sont excellents, mais la décoration peinte n'est toujours pas à la hauteur de celle des concurrentes allemandes. La couleur fait défaut. Les fabricants occidentaux ont longtemps pratiqué la polychromie afin de copier au plus près la production extrême-orientale, mais la palette de couleurs est encore très limitée.

Tout comme les potiers et les potiers chinois, seuls cinq oxydes sont utilisés qui peuvent résister à des températures élevées. Les grandes découvertes de Meissen furent la cuisson de la peinture au « petit feu » et la mise au point vers 1720 d'un mordant universel qui pouvait être mélangé à la peinture pour se dissoudre dans l'émail. Cela créera une nouvelle palette de tons et utilisera ces couleurs pour l'arrière-plan.

Malheureusement, les recettes saxonnes à base de porcelaine pâteuse ne conviennent pas aux pâtes molles qui se couvrent de points noirs à la cuisson. Meissen a définitivement une longueur d'avance. On comprend dès lors que les ambitions de Vincennes, devenu atelier royal en 1752, soient moins assimilées à la Chine qu'à Meissen.

Et de la tyrannie saxonne sont nées certaines des caractéristiques de la porcelaine de Vincennes-Sèvres, dite porcelaine française, notamment son fond coloré, presque inconnu des autres manufactures de porcelaine tendre du XVIIIe siècle.